 |
Un monde sans fard
L'œuvre va droit au but. Sous les couleurs perce l'esquisse au fusain, dans un expressionnisme vigoureux au sein duquel sourd la réalité d'un monde saisi sur le vif. La toile est brute, clouée sur bois - l'irruption de l'univers d'Elisabeth Walcker n'en est que plus intense.
C'est théâtral, épique pourrait~on dire. Quoiqu'il en soit, cela « fonctionnel », on se sent emporté par une œuvre savamment construite.
« Elisabeth Walcker aime construire sa pâte, se pIaît à torturer ses couleurs. Elle fait venir le tableau, le renie, le retrouve : elle travaille longuement les sous-couches, charge la toile d'épaisseurs acryliques qui joueront sous la couche définitive, créeront des glacis, généreront le but final, des ombres cruelles ou de belles couleurs claires » (Jeanine Rivais, IDEART). Elle maîtrise le dessin, c'est une absolue évidence, et, qu'elle aborde les thèmes de foules, de danseuses, de façades d'immeubles, de silhouettes de femmes, jamais ne la quitte ce sens du croquis, cette « patte » magistrale.
C'est lumineux, à fleur de toile, doté d'une force peu commune. Derrière ses « têtes agglomérées », on voit surgir la foule et le monde. De la toile, d'autres têtes, d'autres yeux exorbités vont surgir et se précipiter… C'est foisonnant, toujours en mouvement, c'est le monde dans toute sa mobilité.
Ses Carnets de Voyage nous révèlent un Orient sans paysages, sans perspectives, un Orient de femmes effacées, emplies de silence au cœur du fracas, prises dans une foule à peine esquissée, qui semble les absorber, les digérer. Ce travail nous ramène à l'essence même des êtres. Quel destin leur est-il accordé de vivre ? Quelle fin sera la leur ? A ces questions, leurs présences fortes mais
éphémères ne donnent aucune réponse. Surnagent au fil des tableaux des fantômes irréels, dont on ne saura jamais le visage ni le nom. Anonymes qui posent ou qui passent, que seul le regard d'Elisabeth Walcker sauve de l'oubli.
Elisabeth Walcker
dans Miroir de l’Art de février, mars, avril 2004 |