Jean-Paul SOUVRAZ

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Souvraz

 

Expo de Copin et Souvraz : apprivoisement et jubilation !

La galerie Artgument expose jusqu'au 5 novembre, Jean-Paul Souvraz et Dante Copin. Un spectacle jubilatoire si l'on se donne le temps de l'apprivoiser…
Souvraz est un néo-expressionniste. Sa peinture, un théâtre. Lieu privilégié de la comédie humaine. Son humour satyrique, sa dérision vis-à-vis de l'humain, prennent les traits de pantins masqués jaugeant malgré eux, le monde fantasmagorique et bestiaire de la mythologie. Les animaux cornus de Souvraz deviennent ainsi les fiers trophées de la bêtise humaine, le cœur d'une mise une scène disséquant l'humanité, ses défauts et ses souffrances dans un quotidien artificiel qui l'oppresse. A apprivoiser de toute urgence…
La peinture de Dante Copin, jeune artiste autodidacte de 26 ans, quand à elle, est un livre ouvert dont on se lasse pas d'en découvrir les moindres recoins, les formes, les détails. Son langage pictural et ses références thématiques n'appartiennent qu'à son seul héritage, mystérieux et surprenant. C'est Souvraz qui présenta Copin à la galeriste Agnès Bernard. Elle est la première à l'exposer en 2003 à Artgument. « Il nous scotche tous ! » dit-elle. Et ça risque de continuer longtemps. Son talent, sa technique (il peint par terre, fait un corps hyper-classique, le dilue au White Spirit pour disloquer le corps, puis retourne sa toile et peint à nouveau), fait qu'on ne sait quel est le prétexte. L'abstrait ou la figuration. Tout dépend de la lecture que l'on fait de ses palimpsestes à l'acrylique. Suffit de retourner votre journal… et de jubiler.

Jean-Paul Souvraz
par Laëtitia Allyasbgran dans la Nouvelle République du 26 octobre 2006


 

Souvraz

Souvraz dans la Nouvelle République du 12 juin 1992

Souvraz

Souvraz dans Montrer n° 1 de novembre 1990


Souvraz
Souvraz

Le carnaval des talismans

Souvraz est un créateur de signes. Archaïques. Implacables. Son art est d'envoûtement. Rituel de dépassement.
Le sang des origines, intact dans la viande des êtres, coule encore en ceux qui arrachent les peaux mortes de l'art. Rebeyrolle, Alary, Nitkowski, Arickx, Livartowski, Adam, Souvraz, et quelques autres,leurs peintures de guerre disent les élans saccagés des racines de la vie. Elles saignent dans la nuit.
Les maléfices picturaux de Souvraz, chair en crue, courroux au coeur, moquent la modernité, et l'accablent. Ses masques aveugles voient plus loin que la peau des apparences, et ses dures apparitions crucifient… L'outrance est la couleur sourde et cruelle de son antre, là-haut, dans le nord du pays.
Sous la magie mauve, mauvaise, âpre, médiévale, vaudoue, couve la violence arrêtée du geste barbare, à peine bloqué à l'impact. Œuvre-cible, emplie de secrets psychiques, de sécrétions vitales, et créée à grands traits de cultures fracassées. Sous l'heureuse férocité, l'incantation fait rage, et les abîmes de la chair frappent de plein fouet la gueule des visages.
Sur fond ténébreux, disloqué, jaillissant, où l'existence exulte de sauvage santé, Souvraz, jamais repu des grandes nourriture du présent, desserre l'étau des conventions, l'étrangle à chaud, et bouscule les tristes interdits qui barrent l'accès au réel oublié, archaïque et beau, de l'humaine animalité.
La peinture de Souvraz est peinture de combat, éruptive, érectile, chaotique et piégée, et lieu d'empoignades. Les silhouettes totémiques de son bestiaire fabuleux incarnent l'énigme brutale et brûlante du corps mortel. Souvraz a des rêves de bestialité sacrée.
Œuvre chamanique, stigmatisant la révolte contre l'acquis, le confortable et le ressassé… Carnaval talismanique, et viol joyeux des codes.
Brutes sont les formes de Souvraz, enfiévrées et masquées.
Autrefois, avant la naissance des visages, le masque imposait les forces vives de l'univers, et ses innommables lois cachées, aux fragilités de la face humaine. Formidables effets de percussion.
Chez Souvraz, la tyrannie du masqué, touchant le corps entier, délivre l'homme de ses fades particularités, car l'homme ne possède plus ce qui le dépasse.

Par Christian Noorbergen dans Artension n? 29 de mai-juin 2006