Fabrice REBEYROLLE

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La lente remontée des images

"... Durant plus de 20 ans, mon engagement dans l'abstraction m'a permis de faire cohabiter la dimension physique et la dimension spirituelle de la peinture.
La répétition et l'exploitation d'un vocabulaire – le savoir-faire – m'ont toujours semblé être le grand danger  de la création.
Il y a quelques années, j'ai eu l'impression que je faisais des peintures qui n'étaient plus qu'objets et matériaux et je me suis demandé si ma peinture n'était pas définitivement verrouillée.
Le tableau était alors devenu un accroc dans le vide, sous le signe du recouvrement, pour ne pas dire de l'enterrement... "
"... J'ai ressenti le désir de transformer cet "indifférencié", de redéployer mon espace pictural, tout en conservant l'austérité, la gravité philosophique de l'abstraction, mais en l'ancrant différemment dans le réel : écouter autrement le battement interne du tableau... "
"... Représenter le corps, l'anatomie humaine a évidemment à voir avec l'anatomie de la peinture elle-même.
Cette représentation du corps naît du corps du tableau, de l'expérience d'un présent absolu.
Le corps traité comme matériau - forme viscérale du désir - a généré des images souvent insaisissables parce que ce sont des images d'ordre métaphysique qui trouvent leur place entre déconstruction et construction.
Toucher, être touché, bâtir une icône porteuse à la fois de sa présence et de son absence, à la fois masse et ombre, une intenable figure du danger.
Il s'agit d'une vision primitive qui servirait moins à exalter la beauté servilement que de traverser sans complaisance la part maudite qui sommeille en nous. Ceci ne va pas sans une dimension tragique. Gagner une intériorité nouvelle contient toujours une prise de risque... "
Mais il y a une inquiétude, celle que la peinture ne serait que discontinuité.

Extraits de notes d'atelier
par Fabrice Rebeyrolle, 2001

 

Rebeyrolle

Rebeyrolle dans Artension n° 5 de mai-juin 2002