Patrick DEVREUX
D'abord, il y a l'émotion. L'émotion rare d'être en face de toiles qui nous touchent d'autant plus profondément qu'elles sont imprégnées d'une vie qu'on sent proche et lointaine tout à la fois. En fait, tous se passe comme si les images de ces corps, de ces chaises ou de ces fauteuils peuplaient déjà notre imaginaire. Enlisées dans le silence, ces présences semblent émerger de ce tremblé de la mémoire auquel la sensibilité de Patrick Devreux confère une étonnante puissance. A quel force mystérieuse obéit cette silhouette sombre qui esquisse un geste vers la femme emmurée? Tentative de la faire sortir de sa prison ou désir de l'y rejoindre? Et cette autre qui s'offre, renversée sur une chaise dans un élan de merveilleuse impudeur, n'est-t-elle pas là pour mettre à nu nos fantasmes les moins avouables ? Le face-à-face tendrement brutal de ces coupelles ne fait-il pas écho aux faiblesses qui alourdissent nos coeurs et parfois déchirent nos vies? Dans l'effacement progressif de leurs traits, ces personnages nous ressemblent, me ressemblent, vous ressemblent. Sans oublier qu'il y a désormais cette face noire à laquelle il serait vain de prétendre échapper. Comme il me paraît vain de "parler peinture" quand le peintre a dépassé le stade de l'esthétique pour inscrire sa propre nécessité dans la difficile, voir douloureuse histoire des hommes. Nécessité qui ici tient moins de l'interprétation que du regard intérieur. Oserais-je dire que je vis depuis longtemps en compagnie d'une toile de Patrick Devreux et que la réussite de cette cohabitation - souvent risquée - prouve, à mes yeux mieux que tout discours, la richesse du dialogue que le peintre entretient avec cette part de nous-même que Simenon appelait "l'homme nu". Mélange d'intransigeance, de douceur et de compassion, l'exigence de Patrick Devreux me fait penser à celle de ces grands maîtres que nous avons tous plus ou moins fréquentés: qu'ils se nomment Rembrandt ou Turner pour les uns, Soutine ou Giacometti pour les autres. En face de ces artistes, qui nous aident à mieux vivre en nous apprenant à nous interroger, comme en face de Patrick Devreux qui a su trouver un chemin tout personnel pour tenter de percer le secret de l'éternelle alchimie entre l'insaisissable palpitation du monde et l'écrasante inertie de la matière, nous n'avons qu'un seul devoir: celui de ne pas nous dérober. Jean-Louis Leconte (Septembre 1995) Bien que je ne l'ai jamais vu peindre, j'imagine qu'il peint comme il parle. Plaçant ses pattes, ses mots, ses couleurs, avec précautions. Un félin qui découvre la neige, l'herbe, un bout de soleil, un mot cru, pour les reconnaître enfin et fondre sur eux. Ses influences naissent certainement de ces jours qui passent et des rencontres autour d'un verre, d'un arbre, d'un cheval, d'un rêve au creux d'un lit, d'une caresse espérée. Son lyrisme peut parfois abîmer le sommeil. Violence dans l'ironique stature d'un personnage, nos prétentions d'homme singe. Ce que j'aime personnellement c'est la présence physique dans sa peinture, son bonheur de peindre. Mais aussi le poison qui traverse certaines de ses toiles, qu'il me donne à boire, en partage équitable, pour tenter le poison plus doux, le diluer dans le regard de l'autre, dans la bouche ouverte de l'autre, ainsi ne restera que l'idéal du faire, une douleur apprivoisée, et dans le travail cet espoir d'être là, simplement loin du sablier. Simple comme bonjour, travailler au bon jour. Travailler à l'écoulement correct des pigments d'un sablier imaginaire, sur une surface, qui fait le temps retrouvé, l'image d'un frisson d'un sentiment, d'un poème murmuré, intérieur. Pour jouer encore un peu avec l'image, les images, je dirai que sa peinture est kimono, comme lorsqu'il porte le sien, et qu'il traverse la maison, une tasse de café à la main. Sensualié soyeuse, peinte qui colle à la peau, c'est un poème qu'il faut lire soit même à voix basse. Ses blancheurs, ses verts, ses roses, ses sombres, ses bleus nuit... sont d'une richesse charnelle, d'une lumière charnelle. Il pourrait peindre sur des rochers, dans la fraîcheur d'une caverne, à l'abri du bruit, ses animaux, ses hommes et leurs paroles, ses émotions légendes lointaines. La lumière d'une bougie suffirait à nous révéler, non le secret de Devreux, mais notre secret commun. Nous nous peignons pour vivre... Joêl C. Bastard Genève, Avril 1988 |
Le Progrés, 1991
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![]() Artension n° 13 d'octobre 2003 |
![]() Le Progrés du 26 janvier 2002 |
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